Texte de l’homélie du Père Charles Bernard Salvodelli lors des obsèques du Père Pierre Tressol

24 février 2025

"Que nous dis-tu, Seigneur, dans cet Evangile, dans Ta Parole ! »
Le Père Pierre Tressol aimait commencer ses homélies par cette expression, avec son accent chantant, et son intonation de voix qui traduisait bien sa quête et sa soif de vérité. Pierre s’était laissé travailler par cette Parole de Dieu durant les soixante années de son ministère de prêtre. Il en vivait quotidiennement. Pierre commençait ces journées de très bonnes heures pour recevoir cette manne, ce pain quotidien. Il vivait de la Parole, et elle s’est incarnée en Lui, jour après jour pour être toujours plus à l’image de Dieu et parvenir à sa ressemblance. Et nous en avons été les témoins, cette ressemblance s’est manifestée dans son large et profond sourire.
Cette Parole a irrigué comme un goute à goute pour faire grandir ce plan de vigne. Cette Parole a fortifié comme cette manne, miette après miette pour soutenir le petit chien qui se tient sous la table…. Lire la Parole de Dieu, méditer la Parole a été pour Pierre le moyen de traverser les crises et les épreuves de sa longue vie d’homme, de chrétien et de prêtre. Mais attention, il n’était pas un fondamentaliste de la Bible. Il disait souvent : « Il ne faut pas confondre le soleil et le doigt qui montre le soleil., il faut distinguer le Soleil et le miroir qui le reflète » Le Soleil, c’est le Christ, la Parole de Dieu, c’est le doigt qui révèle le Christ, c’est le miroir. » Et fort de cette distinction, il disait aussi : « Si je m’approprie, cela devient une idéologie. Je vais imposer à la réalité ma vision…. Je préfère chercher que trouver, parce que je me méfie de ce que je trouve. »
Comme un mendiant, comme un pauvre…comme un véritable disciple du Christ, il a appris à tout recevoir de la main et de la bouche du Père des cieux, il a accueilli ce don dans une pauvreté extrême, jusqu’au bout, comme Jésus sur la croix dans un dépouillement, dans une nudité, dans une pauvreté absolue, aussi bien matérielle, qu’intellectuelle ou morale.
Ce matin, nous avons, nous aussi, entendu la Parole de Dieu, notre pain quotidien, et nous voulons accueillir cette manne pour nous et essayant de nous mettre dans les mêmes dispositions intérieures qui animait le coeur de Pierre. Reprenons les 1er versets du livre de Ben Sira le Sage :
« Le Seigneur a créé l’homme en le tirant de la terre et il l’a fait retourner à la terre. Il a donné aux humains des jours comptés, un temps déterminé, » Je ne suis qu’un vase d’argile. (…)
« Il a remis en leur pouvoir ce qui est sur la terre. » Il y a un drame à confondre, servir la création et se servir de la création !
« Il les a revêtus d’une force pareille à la sienne, »
Cette force de Dieu, c’est l’Amour de Dieu, c’est le don de Dieu, c’est l’Esprit Saint. Pierre avait conscience d’être habité par cette force, pour cet amour, pour ce don. Mais il disait : « Comme, tout est don de Dieu, je ne garde rien. Je ne suis qu’un vase d’argile. Ce qu’il y a de bon en moi, c’est le Seigneur, cela vient du Seigneur ». Ce qui l’amenait à dire : « je n’ai
pas peur de la mort parce que je vais rejoindre Dieu qui est Bon, je vais à la rencontre de ce que Dieu a mis de Bon en moi. » Nous pouvons nous redire ce matin :
« Tout est don, je ne veux rien garder. Je ne suis qu’un vase d’argile. »
Ce matin encore dans l’Evangile nous avons cette parole de Jésus : « Laissez les enfants venir à moi, ne les empêchez pas, car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent. »
Les enfants sont présentés par Jésus comme modèles, car comme disait Pierre, l’enfant n’a rien, l’enfant ne sait rien, l’enfant n’a aucun pouvoir. Bien souvent dans notre vie d’adulte nous passons notre temps à chercher à avoir, à savoir et à dominer par le pouvoir. La pauvreté de l’enfant qui est dépendant en tout, qui est vulnérable, cette pauvreté le place dans une disponibilité pour accueillir et pour entrer dans le royaume de Dieu.
Pierre avait, me semble-t-il, retrouver la ressemblance de l’enfant parce qu’il avait franchi la porte étroite en laissant, non sans combat, tout désir d’avoir, de savoir et de pouvoir. Il était libre, même si, et c’est le paradoxe de la sainteté, il avait en même temps, infiniment conscience de la distance qui le séparait de Dieu, comme Jésus à Gethsémani.
Ex : Pierre à l’hôpital, il y a quelques mois, « Je ne suis pas dans la vérité, Jésus est la vérité ».
Pour illustrer cela, Pierre a toujours voulu être en lien dans une interdépendance, avec l’altérité, avec le plus grand que soi. Toute sa vie a été marqué par, ce qu’on peut appeler des collectifs, qui lui ont permis de recevoir et de cultiver cet esprit d’enfance qui accueille, qui apprend et qui fait confiance.
Bien sûr, il y a eu sa famille, et notamment le lien très fort qu’il avait avec sa Maman, mais aussi les liens qu’il avait gardés avec sa famille, ses neveux et nièces en particulier.
Il y a eu notre église diocésaine à travers les paroisses et les mouvements vers lesquels il a été envoyé.
Il y a eu son appartenance à la famille spirituelle des prêtres du Prado à l’école du Père Chevrier.
Il y a eu cet engagement dans la vie de quartier à la Rocade d’Avignon-en équipe sacerdotale, au quartier des éléphants à Carpentras à sa retraite, et ces derniers mois avec les plus petits à l’EPHAD de la Lègue.
Par toutes ses appartenances, il a voulu entretenir et grandir dans cet esprit évangélique de l’enfant qui attend tout de l’autre et qui s’efface de plus en plus jusqu’au bout.
Nous pouvons nous réjouir profondément, car maintenant aujourd’hui, il rejoint son dernier « collectif », le ciel. Et nous pouvons être confiant, car nous accompagnons bien sur un tonton, un frère prêtre, un pasteur donné, un « possédé de l’Esprit Saint », un pauvre, mais nous accompagnons un enfant que Dieu appelle, béni et va dans le ciel étreindre et embrasser.